Conférence – Le regard des jeunes pénalistes sur leur profession


Le lundi 4 juin 2018 s'est tenue, à Aix-en-Provence, la toute première conférence organisée par l'Association des anciens étudiants de l'Ispec, à l'initiative de son président M. Florian Engel. C'est d'ailleurs lui qui a pris le micro (défaillant) en premier afin d'accueillir l'auditoire et de remercier chaleureusement les intervenants.

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La conférence a débuté par le pôle insertion et probation. Madame Aurélia CHAUMERY, nous a fait part de ses missions en tant que conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation à l'antenne d'Aix-en-Provence. L'accent a été mis sur la relation privilégiée qu'elle a avec les détenus dont elle suit le parcours. Il s'agit en effet de contrôler que les détenus exécutent correctement leurs obligations s'ils en ont mais également de les évaluer afin de donner un avis au juge d'application des peines lorsque celui ci devra statuer sur une permission de sortie par exemple. Issue d'un Master 2 relatif à l'application et à l'exécution des peines, Madame Aurélia CHAUMERY a ensuite passé le concours catégorie B de CPIP. Elle a été formée pendant deux ans à l'ENAP (école nationale de l'administration pénitentiaire) à Agen, alternant entre formation théorique et apprentissage pratique. La formation de directeur des services pénitentiaires d'insertion et de probation ne dure quant à elle qu'un an ainsi que nous l'a expliqué Monsieur Joan MONTERO. Le concours de DPIP lui a ouvert les portes du management des SPIP (services d'insertion et de probation).

Le management, c'est aussi ce qu'a appris madame Elodie Bonavita, directrice de la détention auprès de la maison d'arrêt de Grasse. Représentante du pôle des services pénitentiaires lors de cette conférence, elle nous a donné un aperçu de ses missions multiples et variées. Nous retiendrons de ses propos que la prison est une micro société où tous les membres doivent travailler en symbiose afin que tout se passe bien. La gestion des incidents fait partie de son quotidien tout comme la gestion des finances de l'établissement ou encore des équipes de surveillants. Madame Elodie Bonavita a effectué un Master 2 recherche en sciences criminelles.

La population pénale dont Madame Mélanie Pineiro est en charge est toute particulière puisqu'il s'agit de mineurs. Directrice des services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et Directrice des unités éducatives d’hébergement collectif de Marseille et Martigues, anciennement Directrice du Centre éducatif Fermé de Brignoles, elle est issue du Master 2 Lutte contre l'insécurité puis elle a obtenu son concours (qui aujourd'hui se nomme "Sécurité intérieure").

Nous retiendrons de cette première partie de la conférence la grande variété des missions des différents professionnels, la passion pour leur métier et l'une de leur motivation principale : le contact avec les détenus.

Ce n'est qu'après une courte pause que la conférence a repris sous la présidence cette fois-ci du Directeur de l'ISPEC, monsieur le professeur Jean-Baptiste Perrier.

La parole a été donnée par Madame Eudoxie GALLARDO, Maître de conférence au sein de l'Université d'Aix-Marseille. Elle entama son propos par une question que beaucoup lui posent : "à quoi sers-tu ?" ; "tu es docteur, quelle maladie soignes-tu?". Pour répondre à ces questions et faire découvrir le merveilleux métier d'enseignant-chercheur, Madame Gallardo a tout d'abord évoqué le long chemin pour y parvenir. Elle nous a ensuite parlé de ses passionnantes missions mais aussi de la lourdeur des tâches administratives qui, bien souvent, obligent à faire passer la recherche au second rang. Malgré cela, la passion de Madame Eudoxie Gallardo n'a jamais faibli, au contraire, car elle nous a confessé puiser sa motivation et son inspiration auprès des étudiants. L'échange est le maître mot qui caractérise la vocation de Madame Gallardo.

Le pôle judiciaire était représenté par Maître Jean-Baptiste De Gubernatis qui nous a exposé les aspects méconnus de son métier. Si l'avocat joue un rôle important au stade des investigations depuis une période récente, au stade du procès depuis toujours, il participe aussi à l'application et à l'exécution des peines. Cela se traduira par exemple par une requête au juge d'application des peines pour demander une permission de sortir sous escorte. Il nous a également confié que le métier d'avocat c'était avant tout un travail considérable sur le dossier : "On ne met pas une pièce dans un distributeur et il en sort une plaidoirie toute faite".

À ses côtés, Madame Anne-Claire HOURTANÉ nous a exposé sa profession de magistrat du siège au TGI de Toulon. Elle nous a fait mention de l'étroite collaboration des magistrats avec les autres professions pénales (avocats, Cpip, DSP etc.). Son parcours est assez atypique puisqu'elle n'est pas passée directement par le concours d'entrée à l'ENM. Sa formation d'avocate lui a permis en effet de passer par la troisième voie d'entrée à l'ENM, celle sur titre qui est également ouverte aux docteurs.

Enfin, Madame Gaëlle LE COROLLER nous a, avec beaucoup d'entrain et de passion, décrit une profession moins connue mais tout aussi fondamentale dans la chaîne pénale : le métier de juriste pénalise auprès de l'Association d'Aide aux Victimes d'Actes Délinquants (AVAD). Ses rôles sont extrêmement multiples et elle participe de la mise en oeuvre de la justice restaurative instituée récemment et encore à l'essai en France. Le rôle des membres de l'AVAD est essentiel pour l'accompagnement et l'information des victimes. Le métier est extrêmement prenant, "on est dans le feu de l'action" nous explique Madame LE COROLLER et sa profession lui réclame une grande disponibilité.

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Nous remercions une fois de plus les intervenants pour leur disponibilité, leur investissement et les précieux renseignements et conseils qu'ils ont transmis aux étudiants. Nous exprimons également notre gratitude à l'Université d'Aix-Marseille, à l'Institut de Sciences pénale et de criminologie ainsi qu'à son directeur, Monsieur le professeur Jean-Baptiste Perrier, et enfin à Mesdames Pauline Bonhomme et Céline Agresta. Et merci à vous tous d'avoir été si nombreux.